Né en 1916, le col Louis-Jean Gioux effectue ses études à l’Ecole Nationale Supérieure d’électrochimie et d’électrométallurgie de Grenoble et y obtient son diplôme d’ingénieur en Août 1938, ainsi que son admission à l’Ecole des EOR aviation après avoir suivi pendant deux ans les cours de PMS (Préparation Militaire Supérieure). En Septembre de la même année il rejoint l’armée de l’air pour effectuer son service militaire et reçoit une formation de navigateur et bombardier à l’école d’Avord (Cher). Il est ensuite affecté à la 63ème Escadre de Marrakech et vole sur bombardier Amiot 143. Comme beaucoup, Il subit la période confuse de la déclaration de guerre en Septembre 1939 jusqu’à l’armistice de Juin 1940, mais décide de rejoindre l’Afrique du Nord ou il participe avec quelques partisans du Général de Gaulle à la préparation du débarquement Américain en Afrique du Nord pour finalement être arrêté et emprisonné en Juin 1942 par la police de Vichy. Rongé par l’inaction, il profite du désordre causé par le débarquement allié le 8 Novembre 1942 pour s’échapper de sa prison et rejoindre les troupes alliées afin de reprendre le combat au sein des Forces Françaises Libres. L’Armée de l’Air l’envoie en stage de formation aux USA où il apprend le pilotage du B26 Marauder à Dodge City, puis à Barksdale Field en Louisiane. Il en revient Premier Lieutenant pilote en 1944 et se voit affecté au célèbre “Bretagne”. Décollant de diverses bases Nord-Africaines et Françaises, il effectue 17 missions au-dessus de l’Allemagne et de cibles françaises encore aux mains de l’ennemi, notamment, des bases de sous-marins.

Equipage de Louis-Jean Gioux qui est le premier à gauche

La paix survient en Mai 1945. Troquant ses bombes pour des passagers, il effectue des missions de transport avec son B26, chargeant souvent jusqu’à vingt personnes dans la soute à bombes ! Quatre jours après la fin de la guerre, il épouse une charmante jeune française qui vivait en Afrique du Nord et étudiait l’Anglais à l’université d’Alger. Il termine sa carrière militaire le 1er Janvier 1946 au grade de Capitaine, et rejoint la vie civile en travaillant pour la société Esso. Fait notable dans la carrière d’un pilote de bombardier, l’épouse du Colonel Gioux eut l’honneur d’un baptême inhabituel lors d’un vol de groupe en “radada” d’Alger à Saint Dizier, vol si impressionnant qu’elle aussi fut la victime du terrifiant virus Marauder ! Fortement impressionné par le B26 Marauder qui avait une telle réputation qu’il faisait peur aux Messerschmitt, le Colonel Gioux éprouve un véritable amour pour un avion à la fausse réputation de “Fabricant de Veuves” acquise à la suite de nombreux accidents lors de son introduction en service. Un entraînement inadapté et mal conçu des jeunes pilotes est à l’origine de ce quiproquo qui faillit bien compromettre la carrière de cette machine étonnante. L’habilité de l’appareil à évoluer sur un seul moteur fut si brillamment démontrée par Jimmy Doolittle que le nouveau programme aussitôt mis sur pied permit à l’avion de devenir un des appareils de la seconde guerre mondiale les plus vénérés par ses pilotes. Le Capitaine, et Commandant de réserve Gioux en fait évidemment partie. Ecoutons-le plutôt: “Le B26 était un avion difficile, très difficile, à cause de ses très courtes ailes et de son poids important. En l’air, c’était un avion fabuleux, mais au décollage, il était diabolique ! Alourdi de deux tonnes de bombes et des munitions pour ses mitrailleuses, il était très lourd malgré les deux mille chevaux de chacun de ses moteurs. Mais quand il était en l’air, quel avion merveilleux !”.   Bien des années plus tard, le Colonel Gioux apprit qu’un seul et unique B26 Marauder était encore en état de vol à Harlingen. Il n’hésita pas, en 1989, à faire le long voyage vers le Texas pour revoir son avion favori et adhérer à la CAF qui lui attribua le matricule 16539. Ses efforts furent bien récompensés car nos amis Texans le laissèrent non seulement s’asseoir dans le poste de pilotage, mais lui offrirent un vol au-dessus d’Harlingen, à bord de Carolyn !… Le Colonel Gioux profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée mais cependant très active car consacrée à sa famille et à de nombreuses associations d’anciens combattants, et bien sûr à la CAF et au French Wing dont il est l’un des membres les plus fervents et les plus actifs depuis sa création, notamment par la rédaction de très nombreux articles traitant de l’histoire de l’aviation et de celle du Groupe Bretagne.