Sandy Sansing passed away at the age of 92. Members of the French Wing wish to express their condoleances and sympathy to the family and relatives of Sandy. (01/07/2014)

20 Juin 1944. Il fait beau, et le soleil n’est pas loin de se coucher. Un parachute descend lentement au-dessus du charmant petit village de Puiseux en Retz, non loin de la ville de Soissons. Accroché à ce parachute, un pilote de chasse dont l’avion, un P-51B Mustang, a été touché par la flak ennemie quelques minutes auparavant, alors qu’il mitraillait la gare de triage de Château-Thierry, à une trentaine de kilomètres de là… Le but de la mission était de retarder les convois allemands destinés à contrer les forces alliées qui ont débarqué en Normandie deux semaines auparavant. C’est au cours de son troisième passage, alors qu’il effectuait sa ressource, que le Mustang reçut un obus dans le réservoir d’essence situé juste derrière le pilote. Ce dernier s’est éloigné autant que possible de la zone de combat mais, son appareil en feu, il n’eut finalement d’autre solution que de sauter en parachute.

Sandy et Bob Hoover

Ce pilote s’appelle Virgal E. Sansing, surnommé “Sandy”. Il est né le 7 Décembre 1921 à Bay City, au Texas. Il s’est engagé dans l’US Army Air Corps en Novembre 1941, et il est devenu mécanicien avion sur P-40 Warhawk. En 1942, il est entré à l’école de pilotage où il termina sur P-47 Thunderbolt. Puis il fut posté au 359th Fighter Group à la fin de l’année 1943, une Unité basée à East Wreatham en Angleterre, qui fut équipée de P-51 Mustang au Printemps 1944. Suite à des renseignements fournis par la Résistance Française, les autorités militaires organisèrent ce raid de douze appareils sur la gare de Château-Thierry. Pas de bombes, pas de rockets, mais un simple mitraillage habituellement très efficace sur ce genre d’objectif. La malchance et la précision des tirs de la flak ennemie ont voulu que le Mustang se trouva sur la trajectoire de cet obus fatidique… Sandy observa son avion qui, désemparé et en feu, traînant un long panache de fumée, s’écrasa dans un champs, quelques centaines de mètres plus loin, de l’autre côté du village. Quelques secondes plus tard, il atterrit à l’orée d’un petit bois où il cacha prestement son parachute. Puis, sans attendre, car les soldats ennemis pouvaient surgir d’un moment à l’autre, il traversa les champs en se dirigeant vers le village.

Le P-51B Mustang à bord duquel Sandy Sansing fut abattu peu après le débarquement. Illustration © Gaëtan Marie.

Après une courte marche, il aperçut une femme qui binait un champs d’oignons et l’aborda. Elle eut un élan de surprise mais garda tout son sang froid. Sandy lui tendit le livre que chaque pilote emportait avec lui lors de ces missions en territoire ennemi. Elle put y lire la phrase en Français que lui montrait Sandy : “Je ne veux pas être fait prisonnier”. Sans hésitation elle l’emmena chez un voisin proche. Ensemble, ils le cachèrent sous un tas de bois. Il était temps ! Les soldats allemands étaient là, fouillant toute la région, mais, rageurs, ils repartirent bredouilles. Ils reviendraient, c’était certain, aussi décida-t’elle, sans plus attendre, d’aller voir le Maire du village, et de le mettre dans la confidence. Dans le plus grand secret, la protection de Sandy s’organisa, mais il fallait être prudent car les fouilles des maisons du village se succédèrent au cours des jours suivants. Sandy fut finalement caché dans le grenier de la maison de Puiseux. La maison fut fouillée entièrement, excepté le grenier auquel menait un escalier pentu car, à sa base, se tenait un énorme St. Bernard au regard noir et à la gueule menaçante qui firent reculer les soldats allemands. Sandy resta caché là durant deux semaines. Il fut ensuite transféré vers Soissons où il ne resta que deux journées. Les risques augmentaient et il fallait lui trouver une cache plus sûre. C’est ainsi qu’il arriva dans la maison de la famille Coigné, à Fère en Tardenois. Il y fut caché là aussi longtemps que possible, mais “les murs ont des oreilles”… Quelques semaines plus tard, une lettre anonyme d’un “bon Français”, adressée à la Kommandantur de Fère, dénonçant la famille Coigné, fut heureusement interceptée et détruite par un ami qui travaillait à la Poste. Alertée, la famille prit la décision d’emmener Sandy se cacher avec les maquisards. Accompagné de Léon Coigné, Sandy vécut parmi les Résistants jusqu’à l’avancée des troupes alliées, ce qui lui permit de rejoindre l’Angleterre, puis les USA. Pour lui, la guerre était finie, mais sa carrière de pilote de chasse continua brillamment pendant de nombreuses années et deux autres conflits, en Corée et au Vietnam. Quelques 52 ans plus tard, la vie voulut que l’accident du P-38 Lightning du Central Texas Wing, qui avait déjà joué un rôle moteur important dans la création du French Wing, permette l’établissement de liens amicaux très étroits entre Sandy et Bernard, le Président de cette Unité de la CAF. C’est au cours d’une conversation concernant ce dramatique fait de guerre, que Sandy lui demanda s’il serait possible de retrouver la trace des personnes qui lui avaient sauvé la vie et avaient risqué la leur en de multiples occasions. Le French Wing n’en était qu’à sa première année d’existence, mais cela ne l’empêcha pas d’adopter ce projet et de tout faire pour assurer son succès. Grâce aux recherches faites auprès des Mairies et des Associations d’Anciens Combattants de la région de Château-Thierry, la famille Coigné au grand complet fut retrouvée à Fère en Tardenois. Leur émotion à l’idée de revoir leur protégé prochainement était évidente. Des retrouvailles s’imposaient ! Un long travail de préparation s’organisa, et c’est à la fin du mois de Mai 1997 que ces retrouvailles eurent lieu à Fère en Tardenois. On peut aisément imaginer l’émotion qui étreignit tous les participants lorsqu’enfin, après tant d’années, Sandy retrouva ses protecteurs bien-aimés. Les acteurs de cette aventure furent les héros de Fère en Tardenois : Interviews, photos, télévision, fanfare, cérémonie au monument aux morts de Fère, réception à la Mairie, tout concouru pour donner à cet événement l’importance qu’il méritait ! Les larmes coulèrent autant que le Champagne. Tout le monde était heureux.

Sandy Sansing et Léon Coigné

 

Christiane Hébert, Connie et Sandy Sansing

Hélas, madame Coigné nous quitta six mois plus tard, et Léon, déjà très âgé, ne put accepter l’invitation de Sandy de venir au Texas l’année suivante. C’est leur fille, Christiane qui avait joué un grand rôle dans la protection de Sandy en risquant sa vie en maintes occasions, bien qu’elle fut encore très jeune à l’époque, qui répondit à cette invitation et y représenta son père. Elle fut accueillie de façon extraordinaire, que ce soit à San Marcos ou à Midland, où elle personnifia la Résistance Française toute entière, et reçut une standing ovation de plusieurs minutes de la part de plus de 3000 participants! C’était grandiose, et il y avait là de quoi donner des frissons aux plus insensibles des spectateurs ! Les larmes coulèrent de nouveau, mais c’était des larmes de bonheur. Cet accomplissement n’était cependant que la première étape de cette histoire car Sandy et le French Wing voulaient à tout prix retrouver les autres personnes qui avaient participé à ce sauvetage. Le mystère restait en effet entier en ce qui concerne la période comprise entre le moment de son parachutage et son arrivée au domicile de la famille Coigné. C’est en 2004 que les recherches purent reprendre à Puiseux en Retz. Une visite sur le lieu du crash de l’avion permit de découvrir une trentaine de petits débris du P-51B de Sandy. Les Allemands avaient récupéré le plus gros de l’appareil, mais ce dernier, en percutant le sol, s’était brisé en centaines de petits morceaux dont beaucoup, aujourd’hui encore, remontent à la surface du sol à chaque labourage du champ. Quelques fragments furent présentés à Sandy et aux Mairies de Fère en Tardenois et de Puiseux en Retz. Sandy, invité d’honneur de la municipalité de Puiseux en Retz, revint donc en France pour être présenté à sa population, et, plus particulièrement, aux vétérans qui l’avaient protégé ou à leurs descendants. Une grande fête fut organisée pour accueillir Sandy les 18 et 19 Juin 2005. L’accueil des villageois fut tout simplement exceptionnel ! Le village ressemblait à ce qu’il était en 1944, et la présence de membres d’une Association, habillés en GI, et leur demi-douzaine de véhicules militaires US, ajoutait à l’authenticité de cette reconstitution. Une très émouvante cérémonie au Monument aux Morts du village eut lieu au son des hymnes nationaux et du Chant des Partisans, ce qui rappela à chacun le terrible prix à payer pour la Liberté. Ces deux journées conclurent ce projet qui demanda 9 ans au total. Le véritable épilogue vint en 2007 quand le gouvernement Français, sur demande du French Wing, honora Sandy par l’attribution de la Légion d’Honneur afin de marquer sa reconnaissance envers un pilote Américain qui risqua sa vie de si nombreuses fois pour notre pays.

Cérémonie de remise de la Légion d’Honneur

 

Entrée de Sandy à l’American Combat Airman Hall of Fame

 

        

Mission accomplie !