Le col Henri Bourrassier est l’un des membres les plus actifs de la Commemorative Air Force et de son Unité Française, le French Wing, depuis sa création.

Henri Bourrassier nous a quitté le 6 avril 2013.

Lorsque la guerre éclata, au prix de grands risques, il parvint à rejoindre la zone libre afin d’atteindre le but qu’il s’était fixé: Combattre pour la liberté de la France. A force de volonté il devint pilote de B-26 Marauder et continua une brillante carrière dans l’Armée de l’Air jusqu’à sa retraite de l’armée.

 Après la Seconde Guerre mondiale, il pilota notamment le C-47 Skytrain et le Noratlas, au cours de deux autres conflits, en Indochine et en Algérie.

Le C-47 Dakota qu’Henri Bourassier dut poser en catastrophe en Indochine. Profil © Gaëtan Marie.

Il profite aujourd’hui d’une retraite fort méritée mais reste très actif au sein de plusieurs Associations d’anciens combattants et du French Wing de la Commemorative Air Force. Il a notamment œuvré pour le monument qui a été érigé à Pont du Château, charmante ville ou Henri Bourrassier réside.

 Ce splendide monument est dédié au Général de Gaulle, et à tous ceux qui entendirent son appel du 18 Juin 1940, et sauvèrent ainsi la France du déshonneur.

Raconter sa carrière en détails demanderait une place beaucoup plus importante que celle dont nous disposons sur ce site. Aussi, nous limiterons-nous à relater une mésaventure qui coûta la vie à deux des membres de l’équipage dont Henri Bourrassier était le copilote.

Le 28 Février 1945. Importante mission sur l’Allemagne. Briefing identification de l’objectif : Tous les renseignements sur le tracé de la route, axe de bombardement, nombre de tubes de DCA, photos. Les ordres étaient donnés, et nous voici en ligne de vol. Notre avion : Le B-26 numéro 32 chargé de deux tonnes de bombes. Crew : S/Lt Hentgès pilote, sergeant Bourrassier co-pilot, S/L Dravert mécanicien, S/L Pernot navigateur, sergeant Vezan mitrailleur de tourelle, sergent Moulard radio. L’équipage se met en place et chacun effectue ses vérifications d’usage, check-list pour les pilotes, tout est en ordre. Une vingtaine de Marauders tournent, réchauffant les moteurs. Il fait froid. Les mécanos au sol, enveloppés dans leur “moumoute”, surveillent les opérations, s’assurant que tout tourne rond avant que nous quittions le parking.

Puis, c’est l’heure “H”. Le pilote leader annonce par radio “Roulage !”, et, suivant un ordre bien établi, à savoir la position de vol de groupe, chaque avion prend sa place. Arrive notre tour… Alignement, une vision totale du tableau de bord en balayage, tout va bien. Devant nous, l’avion qui nous précède est sur le point de décoller. Cinquante deux pouces de pression à l’admission, et c’est parti !…

Décollage, le train est rentré, et aussitôt des “ploufs” de plus en plus forts se produisent au moteur droit qui prend feu. Le moteur faisait un sixième de tour sur son berceau chaque fois que les flammes s’échappaient en retour par les prises d’air avant du capotage. C’était impressionnant, “2000 chevaux en colère” ! Nous avions vidé les extincteurs, et pas question de larguer les bombes. L’ouverture des trappes nous aurait fait perdre 10 nœuds dont nous avions bien besoin. A l’altitude où nous étions, il n’était pas question d’évolutions. Le Lieutenant Hentgès contrôlait parfaitement l’avion, mais il fallait se poser, et vite ! Devant nous se présenta un champ, tout proche du village de Saugnieu, avec son clocher qu’il fallait à tout prix éviter. “On se crashe !”.

Nous sautons une haie, nous touchons, ça glisse et ça craque de partout, une deuxième haie arrive sur nous, ça craque de tous les côtés, puis le silence et la chaleur du feu. J’avais la tête nue, ma casquette de laine US avait disparu, je sentais le chaud qui coulait dans mon coup et dans mon dos, le visage ensanglanté. Je passe ma main dans mes cheveux et je sens une grande fente en “V” : J’avais le cuir chevelu coupé, et différentes blessures sur le corps. Je secoue le Lt Hentgès et je lui dis “Dépêche-toi, l’avion brûle !”. Je m’aperçois alors qu’il a le pied gauche pris dans le palonnier. La verrière d’évacuation étant au-dessus de nos têtes, à savoir deux trappes à ouvertures latérales étaient tellement bloquées par le choc qu’il me fut impossible de les ouvrir. Se battre pour sauver sa vie, ça compte !

Alors que les cartouches de mitrailleuses commençaient à exploser, et que le feu prenait de plus en plus de vigueur, je regardais vers le nez de l’avion. Celui-ci était en partie cassé. Juste le passage d’un homme. Là, je m’aperçois que je n’ai pas de chaussure au pied droit… Une bombe s’était détachée de la soute, était passée sous mon siège, et s’était arrêtée dans le couloir du bombardier. Avant de m’engouffrer dans cet étroit passage, je m’assurai que le Lt. Hentgès s’était sorti de son piège, et qu’il était prêt à me suivre.

Me retrouvant à l’extérieur, déchiré de toute part, je ne faisais pas cas de mon état. Soudain, je vois une femme qui gardait des chêvres, et je lui crie : “Madame, n’approchez pas, les bombes vont sauter”. Au même moment, le sergeant Vezan s’échappe à l’arrière par le sabord en se tenant le bras. Ensuite, je me suis dirigé vers une petite murette de pierres sèches, puis, plus rien, je suis tombé dans le coma… Je repris connaissance chez le boucher du village, allongé sur une table, des gens autour de moi qui venaient me donner les premiers soins. Je posais alors la question : “Et mes camarades ? Et l’avion ?”. Celui-ci avait déjà explosé et je n’avais rien entendu. Combien de temps étions-nous restés coincés dans cet amas de tôles ?… Seuls les témoins de ce jour pourraient le dire. Nous étions tous assommés, blessés, et malheureusement il y avait deux tués : Les S/L Dravert et sergent Moulard : Quelques instants avant le crash, le mécanicien avait voulu rejoindre l’arrière de l’avion, supposé plus sûr, et c’est au moment où il traversait la soute que le crash se produisit. Il était coincé par les bombes, et le sergeant Moulard, seul réellement indemne voulut lui porter secours. C’est à ce moment-là que les bombes explosèrent.

Je me suis retrouvé à l’hôpital Desgenette, puis, après une vingtaine de jours, je repris ma place au combat, au milieu de mes amis qui, pour la circonstance, m’avaient préparé une petite fête. La météo s’étant améliorée par rapport au mois de Février, les missions étaient reparties, nombreuses, mais nous en sentions quelque peu la fin.

L’armée mena une enquête pour déterminer la cause précise de ces ennuis de moteur qui devenaient de plus en plus fréquents. Elle ne tarda pas à mener à l’arrestation des membres d’un gang qui soutirait de l’essence des bidons, et la remplaçait par de l’eau.