LA CAF

Qu’est-ce que la CAF? La Commemorative Air Force est une organisation à but non lucratif œuvrant pour la préservation de l’héritage historique issu de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale et son expansion à travers la restauration de warbirds et l’organisation de meetings. Ayant vu le jour aux Etats-Unis, son quartier général est basé à Midland, Texas. Les membres qui font partie de la CAF viennent de tous les états américains ainsi que de 28 pays du monde. Des unités se sont formées dans 26 états et pays, dont le French Wing, afin de regrouper les membres venant d’une certaine région et de contribuer à la restauration d’un ou de plusieurs avions en particulier.

Quels sont ses buts? Le but principal d’une telle organisation et la préservation des avions du patrimoine aéronautique à travers un travail de restauration sur de nombreux appareils et leur présentation au public dans les musées ou en meetings. En effet, un avion mis en valeur dans un musée raconte une partie de l’Histoire mais ne fait pas appel aux sens. C’est dans ce but de faire partager les sensations qu’ont connus nos vétérans que la CAF participe activement à la remise en état de marche des avions. Aujourd’hui, la CAF possède 157 avions dont approximativement 100 sont en état de vol, les autres étant en restauration. C’est notre devoir à tous de ne pas oublier l’Histoire qui a forgé nos nations. Si ce projet de perpétuation de notre héritage commun vous tient également à cœur, rendez vous sur la page Administratif du site.

Historique de la CAF Il en va des U.S.A. comme de la France et de bien trop nombreux autres pays : La très grande majorité des avions qui furent produits et utilisés au cours de la Seconde Guerre Mondiale furent stupidement détruits dès la fin des hostilités, sans qu’aucun plan de sauvegarde n’ait été établi pour transmettre la moindre parcelle de ce fantastique héritage aéronautique aux générations futures. C’est ainsi qu’aujourd’hui, de tous les appareils que les aviateurs Français utilisèrent pour défendre notre pays, ce dernier n’en possède plus qu’une toute petite poignée.

Si la Bataille de France ne dura que 46 jours, elle n’en fut pas moins l’occasion de combats acharnés et de sacrifices tout à l’honneur des aviateurs Français et des équipes au sol sans lesquelles ces missions n’auraient pas été possibles. Aussi brève fut-elle, cette bataille permit à nos soldats de détruire presque un millier d’appareils ennemis. Ce chiffre à lui seul démontre le patriotisme et la foi qui les animaient. Il s’en fallut de peu pour que l’envahisseur ne fut repoussé et seul le manque de clairvoyance des autorités empêcha une victoire pourtant possible.

Ces hommes et ces femmes, patriotes abasourdis par une défaite qu’ils n’avaient jamais pu imaginer, surent cependant se réorganiser et se reformer en Unités combattantes alliées, tant et si bien qu’ils finirent par jouer un rôle primordial dans la victoire finale, après cinq années de combats et la perte de milliers d’entre-eux.

En leur mémoire et en leur honneur, notre pays se devait de conserver plusieurs témoins de ces batailles meurtrières. Hélas, cela ne vint même pas à l’esprit des autorités civiles et militaires qui commirent une erreur irréparable en ordonnant la destruction aveugle et totale de milliers d’appareils, symboles de ces combats courageux et de ces sacrifices. L’héritage historique d’un pays est irremplaçable et comprend tous les aspects de son histoire, qu’ils so ient littéraires, artistiques, architecturaux, techniques, civils, militaires, ou religieux. Sacrifier une part de cet héritage, c’est sacrifier le pays tout entier.

Aux U.S.A. le chemin parcouru depuis le début de ce deuxième conflit mondial fut quelque peu différent : Sorti brutalement de sa torpeur profonde d’avant-guerre, le pays ne mit que quelques mois à réagir, et de quelle façon ! Les avions de tous types sortirent des chaînes de fabrication à un rythme élevé pour atteindre des centaines de milliers à la fin de la guerre. Pourtant, les avions survivants furent victimes des mêmes erreurs qu’en France et terminèrent leur carrière de la même façon humiliante et inutile.

Le salut vint d’un petit groupe de pilotes vivant dans la basse vallée du Rio Grande, au Texas, désireux de continuer à voler sur ces formidables machines produites par le génie humain…

Lloyd P. Nolen avait appris à piloter en 1938, à l’âge de 15 ans. Il gagnait sa vie comme pilote d’épandage agricole, accumulant beaucoup d’heures de vol et d’expérience. Aussi, lorsque le pays entra en guerre en 1941, l’USAAC lui demanda, comme à beaucoup d’autres pilotes expérimentés, de participer à l’instruction des jeunes gens qui allaient former la force aérienne la plus importante jamais vue. Malgré ses efforts, il lui fut impossible d’être transféré dans une unité combattante. La guerre terminée, Lloyd Nolen reprit le manche de ses avions agricoles, et créa sa propre société. Un rêve l’habitait : Piloter un de ces avions de combat dont l’armée l’avait privé. En 1951 il put enfin réaliser son rêve lorsqu’il fit l’acquisition pour $ 1500.00 d’un P-40N trouvé à Phoenix (Arizona). La fin de la guerre était encore trop proche pour que cet appareil attire l’attention des foules. Lloyd, cependant, regroupa quelques amis, comme lui anciens pilotes militaires, et ensemble il continuèrent à se faire plaisir en pilotant ce P-40 à partir de la piste en herbe du terrain de Mercedes.

Pour ce groupe d’amis, le P-51 Mustang restait l’avion puissant et moderne dont ils rêvaient. Lorsque le gouvernement décida de se séparer des surplus de Mustang, nos amis décidèrent de vendre le P-40 et de faire l’acquisition d’un P-51. Hélas, la guerre de Corée démontra que ces avions pouvaient encore rendre de nombreux services et le gouvernement annula cette vente. Ce n’est que 5 ans plus tard que l’occasion d’acheter un Mustang se présenta à nouveau. Les prix n’étant plus les mêmes, les membres du groupe durent mettre leurs économies en commun pour faire cette acquisition. L’appareil (N° de série 44-73843, immatriculé N-10601) fut convoyé par Lloyd P. Nolen lui-même et fit le bonheur du groupe qui jeta sur le papier les quelques clauses de leur nouvelle organisation qui leur permettait de partager leur plaisir de voler et les frais de fonctionnement de cet appareil. Ces hommes ne le savaient pas encore, mais ils venaient de créer une formidable machine à remonter le temps qui allait devenir la plus fantastique collection d’avions de la Seconde Guerre Mondiale qui soit au monde !

Un matin d’Automne 1957, ils découvrirent qu’une main anonyme avait inscrit les mots « Confederate Air Force » sur l’arrière du fuselage de l’appareil. Ils adoptèrent aussitôt à l’unanimité ces mots comme nom de cette Association, et chaque membre du groupe fut nommé « Colonel » afin de mettre tout les adhérents sur un même pied d’égalité. Ce sens de l’humour n’avait d’égal que la noblesse des buts de cette organisation naissante. L’envie d’organiser des combats aériens et des courses poussa nos amis à l’achat d’autres appareils. C’est ainsi que deux Grumman F-8F Bearcat furent achetés par Lloyd Nolen et Bill Turnbull pour la somme de $ 805,00 lors d’une vente de surplus de l’US Navy sur la base de Litchfield (Arizona). Les appareils étaient en piteux état et il leur fallu près de trois semaines pour rejoindre le terrain de Mercedes. Peu après, un événement inattendu décida de l’avenir de la CAF, lorsque la base école de l’US Navy de Kingsville demanda à Lloyd Nolen et à ses amis de présenter leurs appareils au cours d’un meeting aérien. Cette manifestation eut un immense succès et les invitations devinrent de plus en plus nombreuses. Il était évident que ces appareils avaient une signification toute particulière pour un publicde plus en plus nombreux.

Le tout premier communiqué officiel de la CAF fut publié en 1960. Il définissait, toujours avec autant d’humour, les objectifs de l’organisation comme suit :

1- Préserver et conserver en état de vol le plus grand nombre possible de chasseurs Américains de la Seconde Guerre Mondiale. 2- Perpétuer l’esprit et la mémoire de ces appareils célèbres et les tâches qu’ils accomplirent. 3- Utiliser toute l’influence politique des membres de la CAF pour que tous les bâtiments officiels de Washington soient tournés vers le Sud (!). 4- Prendre du bon temps et entretenir l’amitié.

Ce mélange de plaisanterie et de profond respect pour celles et ceux qui combattirent au cours de la guerre ne quitta jamais ces Colonels qui prirent très au sérieux ces objectifs. Le groupe se mit en quête d’une collection complète de chasseurs Américains. Les surplus furent visités, mais les colonels découvrirent que, seulement 15 ans après la fin des hostilités, la presque totalité de tous les avions produits par les U.S.A. entre 1939 et 1945 avaient été détruits. Un combat sans merci fut alors déclaré contre l’indifférence des autorités vis à vis de cet héritage aéronautique national.

En Mars 1961, six AT-6 Harvard furent ramenés du Canada. Ils étaient destinés à l’entraînement des nouveaux colonels dont beaucoup n’avaient plus piloté depuis la fin de la guerre. En Mai de la même année, le colonel Lefty Gardner se posa à Mercedes à bord d’un Corsair FG-1 (F4U-4). Il fut suivi d’un B-25J Mitchell, ce qui posa un cas de conscience au groupe entièrement axé sur la recherche de chasseurs. Nos amis eurent vite fait de décider que leurs recherches devaient s’étendre aux bombardiers. Au mois de Juin, Lefty Gardner arriva avec un P-40N, celui-là même qui avait été à l’origine de la CAF. Il fut d’ailleurs racheté beaucoup plus cher qu’il n’avait été vendu ! En Septembre de cette même année le colonel Lefty Gardner se posa à Mercedes avec un P-38 Lightning. Ce dernier fut très vite suivi d’un Grumman F-6F Hellcat.

C’est en 1962 qu’eut lieu la première Assemblée Générale de la CAF au cours de laquelle furent prises de très importantes décisions. Malheureusement, cette Assemblée fut suivie d’une soirée monstrueuse qui eut un effet tel sur les participants que personne ne se rappela quelles avaient été ces décisions !… La CAF comptait alors 57 colonels.

C’est en 1963 que la CAF fit l’acquisition d’un P-47 Thunderbolt déniché au Nicaragua. Le colonel Dick Disney décolla de Managua sans radio ni instruments pour un vol de 1500 km qui l’amena, en longeant les côtes du Mexique, à Mercedes. Il fut suivi, quelques semaines plus tard, par un P-63 Kingcobra acheté par le colonel Bob Bean en Californie. C’est également en 1963 que la CAF organisa son premier meeting aérien qui obtint un succès tel qu’il dépassa tous les espoirs.

 

En 1964, les membres de la CAF réalisèrent pleinement l’importance de leur mission. Délaissant quelque peu le côté ludique de leurs activités, ils décidèrent solennellement de tout faire pour conserver à la nation ce patrimoine aéronautique et historique en créant un véritable musée volant. Un nouveau B-25J et un A-26 Invader se joignirent au premier B-25, formant ainsi le Bomber Wing. Autre événement important, la première demande d’inscription d’un étranger fut reçue d’un citoyen Danois, Andy Anderson, par téléphone depuis Copenhague. Il lui fut répondu qu’un Comité devrait d’abord l’interviewer avant de donner un accord à cette adhésion. Dix jours plus tard, Andy Anderson débarquait à Mercedes où il fut accueilli par un groupe de colonels ébahis par un tel enthousiasme. Il va sans dire que sa candidature fut immédiatement acceptée ! Le nombre de colonels était alors de 126.

Le 7 Mars 1967 la CAF subit la première perte de l’un de ses pilotes. Le colonel Georges Waters se tua au cours d’un vol de convoyage du P-40. Quelques six semaines plus tard un nouveau P-40 acheté pour $ 12,000.00 se posait à Mercedes.

L’entretien de tous ces appareils de type militaire sur un terrain aussi rudimentaire que Mercedes Field posait de nombreux et complexes problèmes. Le succès de cette maintenance tient à un seul membre, ancien mécanicien de l’USAAC, le colonel Steve Stephenson. Mécanicien de première ligne, il connaissait tous les avions, et avait la réputation, non usurpée, de pouvoir tout faire avec presque rien.

Peu de membres de la CAF savent que le Group Captain Mahaddie fut le point de départ d’une grande aventure pour la CAF : Cette dernière venait d’acheter en Angleterre un Spitfire et négociait l’achat de 4 HA-1112 (Bf-109 Espagnol équipé d’un moteur Rolls-Royce Merlin) lorsque Mahaddie contacta la CAF. Il venait d’être chargé par une grande société cinématographique de remettre en état de vol un maximum d’avions tels que Spitfire, Hurricane, Bf-109, He-111, etc, en vue du tournage du film La Bataille d’Angleterre. Le colonel Connie Edwards établit un accord avec Mahaddie et le tournage débuta en Janvier 1968 pour se terminer quatre mois plus tard. Cinq colonels participèrent à ce tournage : Lefty Gardner, Gerald Martin, Connie Edwards, et Lloyd Nolen, sur HA-1112, et Milt Harrence sur Spitfire.

De tous temps, le cinéma joua un grand rôle dans la vie de la CAF. C’est grâce à cette dernière que la 20th Century Fox put mener à bien le tournage du film relatant l’attaque sur Pearl Harbor : Tora ! Tora ! Tora !. Dans ce but, les colonels récupérèrent un maximum de Vultee BT-13 et NA AT-6 qui furent transformés en Val, Kate, et Zero pour les besoins du film.

L’année 1967 vit l’arrivée de gros appareils tels que le B-17G Flying Fortress, le B-26 Marauder, et le LB-30, version civile du Liberator, acheté à une société pétrolière Mexicaine.

 

Le nombre des membres de la CAF était alors de 322 colonels, et le terrain de Mercedes qui ne possédait pas de piste en dur ne pouvait recevoir ces avions lourds. La Chambre de Commerce de Harlingen vint alors au secours de la CAF en lui proposant une ancienne base de l’USAF qui comprenait 4 pistes en béton et de nombreux hangars. Le déménagement vers Harlingen ne fut pas une mince affaire, mais il fut mené à bien en 1968.

1969 est une année qui vit l’achèvement de nombreux projets. Un Mosquito Mk35, le Spitfire, et les quatre HA-1112 arrivèrent d’Angleterre par bateau. Ils furent suivis de six P-47 Thunderbolt achetés secrètement au Pérou, et du P-82 Twin Mustang. Enfin, la CAF ayant décidé de repeindre ses appareils aux couleurs qu’ils portaient à l’époque de leur vie active, c’est en 1969 que sortit de l’atelier de peinture le premier appareil de l’organisation à subir cette rénovation, le P-40, aux couleurs des Flying Tigers.

1970 vit l’arrivée de plusieurs appareils dont deux A-26 Invader, un F6F Hellcat, un TBM Avenger, puis des avions d’entraînement tels que les PT-17, C-45, PT-22, BT-13, et AT-6.

C’est en 1971 que fut créé le premier musée d’exposition statique destiné aux très nombreux objets datant de la Seconde Guerre Mondiale amassés par les colonels au cours de leurs recherches. La flotte vit aussi l’arrivée d’un SB2C Helldiver et d’un SBD Dauntless.

1971 est aussi l’année de la récupération d’un B-29 Super F ortress trouvé par hasard dans un champ de tir de l’US Navy, à China Lake, dans le désert Californien. Avec l’autorisation de la Navy, les colonels Lefty Gardner et Roger Baker furent chargés de sélectionner le meilleur appareil dans la trentaine présents sur ce champ de tir (Pendant toutes ces années au cours desquelles il avait servi de cible, ce B-29 n’avait jamais été touché !). Pendant 9 semaines, une équipe travailla d’arrache-pied pour remettre en état de vol l’appareil choisi, et c’est le 2 Août que l’équipage composé des colonels Lefty Gardner, Roger Baker, et Randy Schon, arracha l’appareil du sol pour un vol de convoyage mémorable vers Harlingen. Cette année vit aussi l’adoption d’une nouvelle structure de l’organisation : La création d’Unités régionales permettant aux membres ne pouvant se rendre au Texas aussi souvent qu’ils le voudraient, de continuer leurs activités localement, dans le plus pur style CAF. La première Unité ainsi créée fut le New Mexico Wing, suivi du Gulf Coast Wing, du Dallas Fort-Worth Wing, et du Southern Minnesota Wing.

Bien que les membres du groupe aient, à l’origine, décidé de limiter le nombre des adhérents, ils furent très vite victimes de leur immense succès, et ce chiffre fut progressivement porté à 80, puis à 500, pour enfin n’avoir plus aucune limite. C’est à la fin de l’année 1972 que la CAF accueillit son millième membre.

En 1973, le Gulf Coast Wing, qui prenait soin des répliques des appareils Japonais du film Tora ! Tora ! Tora ! organisa pour la première fois ce qui est encore aujourd’hui le « clou » du spectacle de la CAF : La représentation pyrotechnique par ces avions de l’attaque sur Pearl Harbor. Le succès de ce style de spectacle décida alors de l’institution d’une des principales particularités de la CAF : L’Air Power Demonstration, démonstration en vol des appareils évoquant les plus grandes batailles aériennes de la seconde guerre mondiale, un spectacle pyrotechnique criant de vérité que tout amateur de warbirds se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie !

En 1991, après 23 ans passés à Harlingen, un déménagement de la CAF vers Midland fut décidé. Ce nouveau pari difficile est aujourd’hui gagné : Une coopération active entre la CAF et les villes de Midland et d’Odessa a été établie, le nombre d’adhérents dépasse aujourd’hui les 8.000 membres, et un Musée de classe internationale a été créé de façon à permettre aux jeunes générations d’apprendre l’histoire du rôle de l’aviation dans ce deuxième conflit mondial.

Les Unités étrangères jouent aujourd’hui un rôle très important dans le fonctionnement de la CAF. Elles permettent, avant tout, d’augmenter la renommée de la CAF de par le monde. Elles donnent à leurs membres qui résident trop loin du Texas pour s’y rendre aussi fréquemment qu’ils le souhaiteraient, l’occasion de retrouver l’ambiance amicale qui règne au sein de cette organisation, en se regroupant pour mieux respecter les buts de la CAF au travers d’activités nobles et bénévoles.

Le colonel Lloyd P. Nolen nous a quitté trop tôt, au mois d’Avril 1990. L’œuvre qu’il a commencée est en bonne voie. Il reste encore beaucoup à faire, tellement qu’on peut se demander si elle sera achevée un jour. Mais Lloyd P. Nolen peut reposer en paix… La mission continue…